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Trisomie 21, une vulnérabilité démultipliée face au Covid-19[1]

Analyse

Selon une étude de très grande ampleur, les personnes atteintes de trisomie 21 sont particulièrement susceptibles de contracter des formes graves du Covid-19 et d’en mourir. Une vulnérabilité qui ne concerne cependant pas les plus jeunes.

C’est une comparaison saisissante. Les porteurs de trisomie 21, ou syndrome de Down, ont sept fois plus de risque d’être hospitalisées en raison du Covid-19 [coronavirus], et 23 fois plus de risque d’en décéder, selon une vaste enquête du groupement scientifique Epi-Phare. Publiée le 9 février, elle analyse les données de santé de plus de 66 millions de personnes entre le 15 février et le 15 juin 2020, soit quasiment l’ensemble de la population française.

« On sait que ces personnes ont plus de facteurs de risques face aux infections », réagit le docteur Serge Alfandari, infectiologue à l’hôpital de Tourcoing, où quelques patients atteints de trisomie 21 ont été hospitalisés depuis le début de l’épidémie. « Cette anomalie chromosomique peut notamment s’accompagner de malformations d’organes, en particulier au niveau cardiaque. Ce sont aussi des patients qui font plus facilement des infections respiratoires ou certains cancers », indique le médecin.

Pas de problème particulier pour les enfants

La généticienne Bénédicte de Fréminville liste d’autres comorbidités fréquentes, comme le diabète ou des problèmes cardiovasculaires. Néanmoins, cette membre du conseil scientifique de la Fédération trisomie 21 France insiste : seuls les adultes sont surreprésentés parmi des Covid sévères. Les moins de 20 ans, eux, ne font que très rarement des complications, comme l’a montré une étude de l’association internationale Trisomy 21 research society parue l’an dernier.

« Les enfants n’ont pas de problème particulier », rassure aussi le docteur Anne Hiance-Delahaye, gériatre et « référente Covid » à l’institut Jérôme Lejeune. Dès le début de l’épidémie, raconte-t-elle, « on s’est aperçu que les patients qui étaient hospitalisés et faisaient des formes graves étaient ceux suivis en gériatrie, où la prise en charge se fait autour de 50 ans, la trisomie 21 entraînant un vieillissement plus précoce ».

« Comme pour le reste de la population, le facteur prédominant reste l’âge », confirme le docteur Serge Alfandari. Outre le vieillissement précoce, l’infectiologue fait l’hypothèse d’une réactivité moindre de certains patients face aux premiers symptômes : « On peut imaginer que lorsqu’il y a un retard mental, les patients détectent moins vite les signaux d’alerte du Covid. »

Un scénario battu en brèche par le docteur Hiance-Delahaye. « Après la parution de l’étude Epi-phare, certains ont pu laisser entendre que les personnes trisomiques ne porteraient pas bien le masque et ne respecteraient pas les gestes barrière, or c’est le contraire que l’on constate lors de nos consultations. »

L’accès au vaccin des personnes porteuses de trisomie 21

« Beaucoup de ceux vivant en Ehpad ou en foyer médicalisé ont pu être vaccinés », affirme Anne Hiance-Delahaye. « À ce jour, peu de patients trisomiques ont bénéficié du vaccin Pfizer, sauf ceux âgés de plus de 75 ans, confirme le docteur Jacques Battistoni, président du syndicat MG France. Mais ils devraient être un peu plus nombreux à recevoir celui d’AstraZeneca, tourné en priorité vers les 50-65 ans. »

 

[1] Extraits de l’article de Jeanne Ferney, publié le 12/02/2021 à 10:57, modifié le 12/02/2021 à 11:52, La Croix.