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Covid long, troubles cognitifs, inflammation du cerveau et lésions subies par les vaisseaux sanguins, y provoquant de plus ou moins gros caillots[1]

 

Les troubles cognitifs font partie des symptômes durables les plus persistants et les plus courants du Covid. Aujourd’hui, certains patients sont aidés dans le cadre de services de réadaptation cérébrale.

Les scientifiques qui tentent de comprendre la cause des troubles cognitifs liés au Covid s’intéressent de près à l’inflammation du cerveau et aux lésions subies par les vaisseaux sanguins.

Les derniers patients en date dans les services de réadaptation cognitive n’ont pas subi de commotions cérébrales, de lésions cérébrales traumatiques ou d’accidents vasculaires cérébraux.

Ils ont eu le Covid-19.

Les problèmes cognitifs font partie des symptômes à long terme les plus persistants et les plus courants que les personnes doivent encore gérer des mois après avoir été malades. Les patients se plaignent de problèmes de mémoire à court terme, d’une vitesse de traitement lente, de difficultés à se rappeler des mots et à effectuer plusieurs tâches à la fois. Pour les aider, les médecins de centres médicaux tels que Mayo Clinic, Yale et Johns Hopkins commencent à orienter certains d’entre eux vers des programmes de réhabilitation cognitive, qui étaient jusqu’alors réservés aux patients ayant subi des commotions cérébrales et d’autres lésions traumatiques du cerveau.

« Même si le mécanisme à l’origine des symptômes est différent, les problèmes sont souvent les mêmes », explique Thomas Bergquist, neuropsychologue hospitalier spécialisé dans les troubles neurocognitifs à la clinique de rééducation cérébrale Mayo. De nombreux patients ont eu des difficultés à retourner au travail. « Ils peuvent tenir toute une journée, mais ils sont loin d’être aussi efficaces qu’avant et ils sont beaucoup plus fatigués », poursuit docteur Bergquist.

Les personnes qui présentent encore des symptômes des semaines ou des mois après avoir été diagnostiquées positives au coronavirus sont communément appelées «patients Covid de longue durée». Ils représentent au moins 10 % de toutes les personnes infectées, selon les études et les experts. Beaucoup d’entre elles avaient initialement souffert de formes légères et n’avaient pas été hospitalisées

À la clinique Mayo, une équipe dédiée à la rééducation aide les patients à adopter des stratégies pour gérer leur rythme et apprendre à conserver de l’énergie, par exemple en fractionnant une activité longue en petites étapes entrecoupées de pauses. Des techniques simples comme la prise de notes, l’utilisation d’un agenda ou d’une application pour enregistrer des informations, et la mise en place de rappels automatiques peuvent leur permettre d’optimiser leur mémoire et leur capacité d’organisation. D’autres méthodes consistent à réduire le temps passé devant un écran, à bien dormir, à gérer le stress et à faire de l’exercice.

Les personnes qui présentent encore des symptômes des semaines ou des mois après avoir été diagnostiquées positives au coronavirus sont communément appelées «patients Covid de longue durée». Ils représentent au moins 10 % de toutes les personnes infectées, selon les études et les experts. Beaucoup d’entre elles avaient initialement souffert de formes légères et n’avaient pas été hospitalisées.

Les symptômes neurologiques figurent parmi les effets durables les plus courants. Dans une étude publiée en mars dans la revue Annals of Clinical and Translational Neurology, des chercheurs de l’université de Northwestern ont constaté que sur 100 patients non hospitalisés atteints de Covid long, 85 % présentaient au moins quatre symptômes neurologiques plus de six semaines après leur infection. Le plus courant était le « brouillard cérébral », ressenti par 81 % des participants à l’enquête.

On ne sait pas exactement ce qui provoque ces symptômes. Mais certains scientifiques pensent qu’ils peuvent être provoqués par l’inflammation déclenchée par le virus et les dommages causés aux petits vaisseaux sanguins du cerveau. Une autre explication possible serait que le système immunitaire attaque par erreur les cellules du cerveau. Le stress et les changements d’humeur peuvent également entraîner des modifications biologiques dans l’organisme.

Le brouillard cérébral décrit par les patients présente des similitudes avec les lésions cérébrales post-traumatiques ainsi qu’avec celui associé à la chimiothérapie et au syndrome de fatigue chronique, explique Igor Koralnik, chef du service des maladies neuro-infectieuses et de la neurologie générale à la Northwestern Medicine de Chicago. Supervisant l’unité Neuro Covid-19 du Northwestern Memorial Hospital, il a dirigé la récente étude portant sur les symptômes neurologiques chez les patients atteints de Covid long.

Les patients dont les résultats aux tests cognitifs sont inférieurs à la moyenne et qui ont le sentiment d’être diminués dans leurs activités quotidiennes font l’objet d’une évaluation cognitivo-comportementale, explique le docteur Koralnik. En fonction des résultats, certains sont orientés vers une rééducation cognitive.

Andrew McCoy est l’un de ceux-là. Cet homme de 55 ans a été testé positif au virus en octobre et dit avoir rencontré ses premiers problèmes cognitifs un mois plus tard. Du jour au lendemain, il n’arrivait plus à se souvenir de mots courants. Il avait aussi du mal à se rappeler des événements de la veille et de l’endroit où il avait posé certains objets. « Ma mémoire à court terme était catastrophique, raconte M. McCoy, vice-président d’une entreprise de sciences du vivant classée au Fortune 500. Cela a affecté ma vie quotidienne d’une manière terriblement négative. Je ne pouvais absolument plus vous dire ce que j’avais mangé la veille au soir. »

Une série de tests neuropsychologiques a révélé qu’il souffrait d’un déficit cognitif, poursuit-il. Le docteur Koralnik l’a orienté vers le Shirley Ryan AbilityLab, un centre de recherche en médecine physiologique et en réadaptation situé à Chicago. Il y a rencontré un orthophoniste ainsi que des ergothérapeutes et des kinésithérapeutes.

Il a appris à consigner les événements de son quotidien dans un carnet dont il remplit désormais régulièrement huit à dix pages chaque jour. « Le fait de tenir un journal en temps réel m’aide à suivre mes pensées et les informations complexes provenant de sources multiples », explique-t-il. Il médite brièvement tout au long de la journée, prend des photos de sa voiture lorsqu’il se gare dans un grand parking, essaie de poser les objets au même endroit et a appris à se concentrer sur l’utilisation de mots plus simples afin d’éviter les problèmes liés à leur mémorisation. « Je suis plus méthodique et plus routinier », résume-t-il.

M. McCoy estime qu’il a fait des progrès significatifs au cours du dernier mois, alors qu’une évaluation effectuée à Northwestern en janvier avait montré qu’il présentait encore des déficits de la mémoire à court terme et de rapidité de réaction.

Aujourd’hui, il dit avoir recouvré 90 % de ses capacités normales en se servant des mécanismes appris en rééducation. « Les gens doivent simplement s’adapter et trouver ce qui fonctionne pour eux, souligne-t-il. Ces techniques sont vraiment utiles. Vous pouvez avoir été une personne très performante et d’un seul coup souffrir de ce genre de déficits et avoir besoin d’aide. »

Des chercheurs de Yale vont suivre pendant cinq ans jusqu’à 100 patients Covid présentant des problèmes neurologiques persistants, afin de voir si leurs symptômes s’aggravent ou se muent en troubles cérébraux persistants

Le dépistage cognitif chez les patients post-Covid peut aider à identifier ceux qui ont besoin de soins. A l’hôpital Johns Hopkins de Baltimore, des agents effectuent des tests de dépistage cognitif par téléphone auprès des patients atteints du coronavirus passés dans un service spécialisé dans les maladies pulmonaires, environ quatre mois après l’infection, explique Tracy Vannorsdall, neuropsychologue clinicienne à la faculté de médecine Johns Hopkins. « Près des deux tiers de nos patients obtiennent un ou plusieurs scores faibles aux tests cognitifs et éprouvent de réelles difficultés » par rapport aux normes de leur âge, dit-elle.

« Leurs performances sont bien en deçà de ce à quoi nous nous attendions, en particulier en termes de vitesse de traitement, d’apprentissage et de mémoire », ajoute la docteure Vannorsdall.

Lorsque les médecins identifient un problème, ils procèdent à des examens neuropsychologiques plus approfondis et orientent les patients vers une thérapie de réhabilitation cognitive. Cela implique de rencontrer des neuropsychologues, des psychologues spécialisés dans la réadaptation, des orthophonistes ou des psychiatres, en fonction de leurs besoins.

Yale a mis en place une unité de neurologie post-Covid en septembre après avoir constaté qu’un grand nombre de patients se présentaient avec des complications neurologiques, explique Serena Spudich, la cheffe du service des maladies neuro-infectieuses et de la neurologie générale à Yale et coordonnatrice de l’étude Covid Mind, qui examine les effets du coronavirus sur le cerveau. « Ils s’attendaient à remonter la pente mais cela ne s’est pas produit », ajoute-t-elle.

La docteure Spudich explique que Yale a ouvert son service en pensant qu’il serait temporaire. Quelques mois plus tard, la demande est telle que l’unité affiche déjà complet jusqu’à l’été.

Les patients souffrant de problèmes de concentration et de mémoire peuvent passer des tests approfondis et sont ensuite orientés vers des programmes de rééducation cognitive. « J’ai vu des gens progresser. Il ne s’agit pas de résoudre la source de leurs difficultés, mais de les aider à développer des astuces et des techniques pour gérer les choses qui leur posent problème. »

Pour l’instant, poursuit la docteure Spudich, l’état de la plupart des patients est au moins stable. Elle explique que des chercheurs de Yale vont suivre pendant cinq ans jusqu’à 100 patients Covid présentant des problèmes neurologiques persistants, afin de voir si leurs symptômes s’aggravent ou se muent en troubles cérébraux persistants. « Le suivi à long terme est très important pour s’assurer que ce que nous observons finira par disparaître », conclut-elle.

Quelle est l’origine des problèmes cérébraux post-Covid ?

Les scientifiques qui tentent de comprendre la cause des troubles cognitifs liés à la Covid s’intéressent de près à l’inflammation du cerveau et aux lésions subies par les vaisseaux sanguins.

Dans une étude publiée en décembre dans le New England Journal of Medicine, des chercheurs du National Institutes of Health ont examiné le cerveau de 19 personnes décédées après avoir été infectées par le virus responsable du Covid-19. La plupart d’entre elles étaient relativement en bonne santé et n’avaient pas été hospitalisées à cause du coronavirus, mais elles étaient décédées subitement.

Les autopsies du cerveau ont révélé des lésions dues à des saignements des vaisseaux sanguins dans différentes régions cérébrales, explique Avindra Nath, directeur clinique du National Institute of Neurological Disorders and Stroke du NIH et principal auteur de l’étude.

« Nous avons constaté des inflammations dans le cerveau et des dommages vasculaires, explique docteur Nath. De petits vaisseaux sanguins laissaient échapper des substances sanguines dans le cerveau et nous avons observé une inflammation autour de ces vaisseaux. »

Dans une étude réalisée par des chercheurs de l’université de Columbia et publiée dans la revue JAMA Psychiatry en mars, ces derniers ont analysé les résultats de l’autopsie du cerveau d’une quarantaine de patients Covid malades et hospitalisés et ont fait des constatations similaires. Ils se sont rendu compte qu’une inflammation généralisée pouvait perturber les molécules nécessaires à la communication entre cellules du cerveau, explique Maura Boldrini, professeure associée de psychiatrie au Vagelos College of Physicians and Surgeons de l’université Columbia et principale auteure de l’étude. Ils ont également découvert que le coronavirus endommage les petits vaisseaux sanguins du cerveau, y provoquant de plus ou moins gros caillots.

Selon la docteure Boldrini, les caillots microscopiques peuvent réduire l’apport en oxygène dans la région du cerveau, ce qui provoque des troubles cognitifs. Les chercheurs espèrent maintenant comparer les cerveaux des patients décédés du Covid-19 avec les scans et les tests cognitifs de patients vivants atteints du Covid long pour déterminer l’éventuelle existence de similitudes.

 

[1] Covid long : les nouveaux traitements s’inspirent des méthodes de rééducation du cerveau, par Sumathi Reddy, publié le 06.04.2021 à 17h45, L’Opinion.

Traduit à partir de la version originale en anglais par Grégoire Arnould.

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