Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Vaccin AstraZeneca : remontée de troubles de la coagulation

 

En raison de craintes liées à la formation de caillots sanguins chez certaines personnes, le Danemark, la Norvège et l’Islande ont annoncé suspendre « par précaution » l’utilisation du vaccin AstraZeneca contre le Covid-19.[1]

AstraZeneca de nouveau montré du doigt. Malgré des déclarations rassurantes du régulateur européen et du fabricant, le Danemark, la Norvège et l’Islande ont suspendu jeudi 11 mars l’utilisation du vaccin du groupe anglo-suédois contre le Covid-19 en raison de craintes liées à la formation de caillots sanguins.

« Les informations disponibles à ce jour indiquent que le nombre de thromboembolies chez les personnes vaccinées n’est pas supérieur à celui observé sur l’ensemble de la population », a affirmé jeudi après-midi l’Agence européenne des médicaments (EMA) après les décisions des trois pays nordiques. Selon le comptage de l’EMA, seulement 22 cas de thromboses avaient été signalés à la date de mardi (9 mars) pour plus de trois millions de personnes vaccinées dans sa zone (Union européenne, Norvège et Islande).

L’autorité sanitaire danoise, qui a enregistré un décès par thrombose d’une personne ayant reçu le vaccin, a été la première, jeudi matin, à suspendre le vaccin « après des rapports de cas graves de formation de caillots sanguins » chez des personnes vaccinées. Ce choix, a-t-elle toutefois souligné, relève de la « précaution » en attendant des conclusions des enquêtes sanitaires et « à l’heure actuelle, on ne peut pas conclure à l’existence d’un lien entre le vaccin et les caillots sanguins ».

« Principe de précaution »

Lundi 8 mars, l’Autriche avait annoncé avoir cessé d’administrer un lot de vaccins produits par le laboratoire anglo-suédois, après le décès d’une infirmière de 49 ans qui a succombé à de « graves troubles de la coagulation » quelques jours après l’avoir reçu.

Quatre autres pays européens, l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie et le Luxembourg, avaient suspendu dans la foulée les vaccinations avec des doses provenant de ce lot, livré dans 17 pays et qui comprenait un million de vaccins. Une enquête préliminaire de l’EMA avait déjà estimé mercredi qu’il n’existait aucun lien entre le vaccin AstraZeneca et le décès survenu en Autriche. Jeudi, l’Italie a également décidé d’interdire à titre de précaution l'utilisation d'un lot de vaccins en raison de craintes liées à la formation de caillots de sang, a indiqué l'Agence italienne du médicament.

La décision danoise, qui concerne, elle, l’ensemble de ses sérums AstraZeneca, a été suivie peu après du même choix en Islande et en Norvège, là aussi au nom du «principe de précaution».

Le laboratoire anglo-suédois, qui a développé le vaccin avec l’université d’Oxford, a défendu la sécurité de son produit, tout comme le gouvernement britannique, qui l’a qualifié de « sûr et efficace » et continuera à l’utiliser. « La sécurité du vaccin a été largement étudiée dans les essais cliniques de phase III et les données […] confirment que le vaccin a été généralement bien toléré », a indiqué un porte-parole d’AstraZeneca. D’autres pays, comme la Suède et les Pays-Bas, ont annoncé qu’ils continueraient à l’injecter.

Le Danemark, l’Islande et la Norvège ont suspendu, jeudi 11 mars, l’injection du vaccin AstraZeneca, après la remontée de troubles de la coagulation.[2]

« À ce stade, il n’y a pas lieu de suspendre la vaccination avec l’AstraZeneca. » Le ministre de la santé, Olivier Véran, a profité de sa conférence de presse[3] du 11 mars pour indiquer que la France n’imiterait pas le Danemark, l’Islande et la Norvège, qui ont annoncé au fil de la journée se priver « temporairement » du produit anglo-suédois.

L’autorité sanitaire danoise a été la première à décréter la suspension de l’AstraZeneca jeudi matin, après la remontée de « cas graves de formation de caillots sanguins » chez des patients s’étant fait vacciner. Une décision prise par « précaution », l’instance précisant ne pas pouvoir, « à l’heure actuelle », conclure à l’existence d’un lien entre l’injection et les thromboses, et se laisser deux semaines pour enquêter. Une mesure de prudence qui a vite convaincu l’Islande puis la Norvège de faire de même. Mais pas la France.

Olivier Véran a justifié le maintien de l’AstraZeneca par « l’absence de lien de causalité démontré » entre l’injection et les « troubles de la coagulation ». 30 cas de thromboses auraient été relevés sur 5 millions de doses administrées dans l’Union européenne, ainsi qu’en Islande, Norvège et au Liechtenstein, où s’exerce la compétence de l’Agence européenne du médicament (EMA).

« Ça ne constitue pas un surrisque statistique », en a conclu le ministre de la santé, répétant qu’aucune donnée ne démontrait que ces pathologies étaient plus fréquentes après vaccination. « Le bénéfice apporté [par l’AstraZeneca] est jugé supérieur au risque, à ce stade », a insisté Olivier Véran, qui promet : « Si ça évolue, évidemment, en toute transparence, je vous dirai les choses. »

Dans un communiqué[4] publié dans la foulée des suspensions, l’EMA a confirmé que « le nombre d’évènements thromboemboliques chez les personnes vaccinées n’est pas supérieur à celui observé dans la population générale ». Le Comité d’évaluation des risques en pharmacovigilance de l’agence européenne, en attendant les conclusions de « l’examen » des cas recensés, fait le lit de la position française : « Les avantages du vaccin continue à l’emporter sur ses risques. »

Plusieurs pays européens n’en ont pas moins considéré que le « principe de précaution » imposait de suspendre l’AstraZeneca, sans même que soit établi le « lien de causalité » entre injection et thrombose. Avant les décisions du Danemark, de l’Islande et de la Norvège, d’autres ont choisi d’écarter certains lots de ce vaccin à la suite, encore, de troubles de coagulation. Un premier, distribué dans 17 pays, a été mis de côté lundi par l’Autriche, suivi de l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie et le Luxembourg. Un deuxième a été interdit à l’usage « à titre de précaution » jeudi, en Italie puis en Roumanie.

Dans son point de situation[5] du 12 mars, l’ANSM fait état d’un cas de « thromboses multiples » parmi 3 013 effets indésirables, consécutifs à l’injection d’AstraZeneca et analysés par les Centre régionaux de pharmacovigilance. « Au regard des données disponibles, rien ne permet de conclure que cet effet soit en lien avec le vaccin », ajoute l’agence française, qui « partage la recommandation de l’EMA de poursuivre » son administration. « De nouvelles données pourraient amener l’ANSM à réviser cette position », prévient le rapport.

Ces débats sur la suspension de l’AstraZeneca entameront-ils la confiance du grand public pour le vaccin ? Dès son arrivée sur le marché français, le produit avait souffert des multiples « syndromes grippaux de forte intensité » constatés après injection, imposant des arrêts de travail à plusieurs personnels de santé. De nombreux médecins généralistes ont fait ensuite état de réticences des patients et d’un besoin de « communiquer » sur les bénéfices du vaccin.

Au 10 mars, AstraZeneca représentait plus de 900 000 des 4 300 000 premières doses administrées en France.

 


[1] La Croix (avec AFP), publié le 11/03/01021 à 16 :39, modifié le 11/03/2021 à 16 :44.

[2] Article Covid-19 : pourquoi la France continue-t-elle à vacciner avec l’AstraZeneca ?, par Corentin Lesueur, publié le 12/03/2021 à 11:52, modifié le 12/03/2021 à 11:54, La Croix.