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Le régime cétogène

On l’a compris, le cancer résulte d’un rendement énergétique trop faible. La mitochondrie peut être nourrie de pyruvate (c’est-à-dire de sucre, le pyruvate étant un de ses dérivés comme nous l’avons vu) mais aussi de graisses. L’avantage est que le métabolisme des graisses ne passe pas par ce goulot d’étranglement qu’est la pyruvate déshydrogénase (PDH). Ce régime riche en matières grasses s’appelle le régime cétogène.

Le régime cétogène se révèle une solution thérapeutique sérieuse et encourageante. Ce mode alimentaire repose sur une consommation riche en graisses, limitée en protéines et quasi nulle en sucres (qu’ils soient à index glycémique élevé ou faible [Un sucre à index glycémique élevé fait grimper rapidement et fortement le taux de sucre dans le sang, ce qui n’est pas le cas de ceux à index glycémique faible]). La dégradation des acides gras par le foie produit des corps cétoniques (ou cétones), d’où le nom attribué à ce régime. Parmi ces corps cétoniques, le butyrate (inspiré du mot beurre en grec) ou l’acétone. Le cerveau peut fonctionner soit grâce au glucose, soit grâce aux corps cétoniques. Ceux-ci peuvent tout à fait remplacer le sucre comme carburant de notre cerveau (voir schéma). On peut vivre très bien en consommant très peu de sucre. C’est d’ailleurs ce que faisaient nos ancêtres, qui ne connaissaient ni la canne à sucre ni la betterave sucrière, mais appréciaient le miel et les raisins.

Schéma : En l’absence de sucre, le foie utilise les graisses pour produire des cétones qui vont être utilisés comme carburant

Dans la Grèce antique, Hippocrate [Vers 460 à 370 av. J.-C.] traitait déjà les personnes souffrant d’épilepsie grâce à un régime alimentaire sans sucre et à base de gras. Aujourd’hui encore, on soigne les épileptiques qui ne répondent pas bien aux médicaments de la pharmacopée avec ce régime cétogène. On ne sait pas expliquer précisément comment cela fonctionne, mais cela fonctionne ! Et les résultats sont suffisamment probants pour que la plupart des services d’épileptologie fassent appel à des nutritionnistes pour encadrer les malades.

La metformine

Dans notre démarche, il est une part majeure d’empirisme. Nous avons donc tenté successivement de combiner notre association d’acide lipoïque et d’hydroxycitrate à d’autres médicaments.

Notamment :


la naltrexone à faible dose (4,5 mg),

la digoxine à 250 mg,

le diclofénac à 75 mg,

la metformine à forte dose jusqu’à 3 g.

Aux premiers patients, j’ai associé de la naltrexone à faibles doses. Un collègue américain, Burt Berkson, avait rapporté que la combinaison d’acide lipoïque (600 mg en intraveineuse) et de naltrexone à 4,5 mg bloquait la croissance de l’incurable cancer du pancréas.

La naltrexone est un médicament pour lequel il faut une ordonnance. Ce médicament est utilisé pour le traitement de l’addiction à l’alcool ou à la morphine (à dose de 50 mg). On sait depuis longtemps que des doses beaucoup plus faibles sont efficaces dans le traitement de maladies aussi diverses que le cancer, la maladie d’Alzheimer ou la sclérose en plaques. Une vaste littérature, des essais randomisés, mais aussi des études plus simples réalisées sur des malades, de même que de nombreux témoignages de patients sont accessibles sur le Net.

Il apparaît clairement qu’à fortes doses, la naltrexone se révèle toxique et risque même d’accélérer la prolifération des tumeurs. À des doses inférieures à 5 mg, l’effet s’inverse et le cancer est inhibé. Le mécanisme d’action n’est pas facile à interpréter, mais il est probable que la naltrexone prise à faible dose diminue l’entrée de glucose dans la tumeur.

La digoxine doit dater de Mathusalem, tant elle remonte à des temps anciens ! Extraite de la feuille de digitale, une fleur des sous-bois vosgiens, elle est prescrite pour les troubles du rythme cardiaque. En ralentissant le cœur, elle améliore le débit sanguin. On pourrait comparer ses effets aux limitations de vitesse qui fluidifient le rythme des voitures sur l’autoroute un jour de grand départ... C’est un médicament certes efficace, mais dangereux. Si le cœur est fragile et présente des troubles du rythme (comme le «bloc de branche»), le ralentissement peut s’avérer fatal.

La fenêtre thérapeutique (qui correspond à la dose de médicament suffisante pour être efficace mais sans en avoir les effets secondaires) est étroite et le médecin vérifie fréquemment le taux sanguin de digoxine pour éviter un surdosage potentiellement mortel. C’est un traitement efficace sous haute surveillance, dont bénéficient des millions de personnes dans le monde. C’est aussi une si vieille molécule que le traitement ne coûte que quelques euros par mois.

La digoxine a de nombreux effets biologiques dont celui de diminuer l’entrée de glucose dans la cellule du cœur. Il existe quelques publications scientifiques affirmant que la digoxine produit le même effet sur la cellule tumorale. Par exemple, la prise de digoxine ralentit l’évolution des cancers de la prostate.

L’un de mes collègues a déposé une demande de financement pour un essai similaire dans les cancers de la peau (sarcome de Kaposi), mais il faut près de deux ans entre le dépôt du dossier et le début de l’inclusion des malades.

Le diclofénac (vendu sous le nom de Voltarène) est l’un des tout premiers anti-inflammatoires. Il calme les douleurs et est largement prescrit dans les suites opératoires, par exemple après l’excision d’un cancer du sein. Un groupe belge a comparé deux groupes de femmes, toutes opérées pour un cancer mammaire. Les unes ont été traitées avec du Voltarène et les autres non. La mortalité par métastases, survenue beaucoup plus tard, a chuté de près de la moitié. Le scénario le plus probable est que les cellules tumorales relâchées dans la circulation par le geste chirurgical n’ont pu se nicher et croître, le diclofénac ayant diminué l’entrée de glucose.

La metformine est un autre médicament ancien. Une synthèse française fabriquée il y a plus de cinquante ans, longtemps oubliée et décriée. Aujourd’hui, c’est le traitement de référence du diabète de type 2 (Stagid ou Glucophage). Il freine l’ingestion de glucose par le tube digestif, limite la synthèse de graisses (stéatose hépatique) et l’utilisation du glucose par les cellules. La metformine a de nombreuses cibles biochimiques, ce qui en fait le cauchemar des pharmacologues !

Se fondant sur des études menées sur des milliers de diabétiques depuis les années 1980, il est incontestable que la prise de metformine est associée à un risque de cancer réduit, mais les études d’intervention sont encore peu nombreuses. Quelques essais combinant metformine et chimiothérapie montrent aussi un effet positif. Plus de 200 autres essais sont en cours, dont les résultats sont attendus.

Récemment, nous sommes revenus vers les souris pour guider nos choix de cliniciens. À nouveau des cellules ont été exposées d’abord en boîtes de Pétri puis plus tard chez l’animal. Toujours la même procédure. Des cellules cancéreuses sont cultivées in vitro puis injectées sous la peau du flanc du rongeur. Une dizaine de jours plus tard, une tumeur est palpable au site d’injection. 500 animaux cancéreux sont divisés au hasard (dans le jargon technique: randomisés) en cinquante groupes de dix souris. À chaque groupe correspond un traitement défini. Aucune molécule prise isolément (artémisine, digoxine, diclofénac, metformine, naltrexone) ne ralentissait la croissance des tumeurs.

Mais les associations contenant de l’acide lipoïque, de l’hydroxycitrate et de la metformine à forte dose entraînaient des régressions tumorales (voir graphique ci-dessous). L’ajout de diclofénac à cette association des trois substances favorisait davantage encore les régressions.

Sous l’effet de la chimiothérapie, la croissance de la tumeur ralentit. Sous l’effet du traitement métabolique «acide lipoïque + hydroxycitrate + metformine», la tumeur régresse.

Voilà pourquoi le Dr Laurent Schwarz teste aujourd’hui l’association d’acide lipoïque, d’hydroxycitrate et de metformine chez des malades volontaires.

La guérison à portée de main

Le cancer est juste une maladie. Une maladie de la digestion cellulaire, et il faut donc tout tenter pour corriger cette anomalie. La piste du métabolisme du cancer est une voie prometteuse également pour guérir les malades atteints de maladie d’Alzheimer et de Parkinson.

Le traitement métabolique en pratique

Comme tout traitement, il peut avoir des effets secondaires, habituellement bénins. C’est dire l’importance d’en parler à votre médecin et en particulier à votre cancérologue.

La cellule cancéreuse a un métabolisme anormal : elle est avide de glucose (comme ceci se voit au PET-scan qui utilise comme marqueur du glucose radioactif). Elle ne peut brûler ce sucre car la mitochondrie fonctionne mal. En d’autres mots, elle fermente et se divise rapidement. Le but du traitement est de permettre à la mitochondrie de brûler les dérivés du sucre et donc de ralentir la croissance du cancer.

Ce traitement associe l’acide alpha-lipoïque et l’hydroxycitrate de calcium.

L’acide alpha-lipoïque est un cofacteur de la pyruvate deshydrogénase. Cette enzyme permet au pyruvate (un dérivé du glucose) d’être brûlé dans la mitochondrie.

L’hydroxycitrate de calcium est une molécule extraite d’un fruit exotique (Garcinia cambogia) qui a la propriété d’inhiber la citrate lyase, enzyme indispensable à la synthèse des parois cellulaires, d’où son effet anticancer.

La prise d’acide alpha-lipoïque doit s’accompagner de celle d’hydroxycitrate car prises isolément, ces molécules sont peu efficaces.

Le traitement se doit être quotidien.

Effets secondaires

Dans mon expérience, je n’ai pas (et heureusement) eu à faire face à des effets secondaires dramatiques. Cela dit, le traitement peut avoir des effets secondaires:

une perte de poids habituellement transitoire et modérée ;

j’ai eu à noter un cas d’hépatite, à l’hydroxycitrate, heureusement sans gravité ;

en cas de lésions cérébrales, il y a un risque de crise d’épilepsie;

le traitement métabolique peut entraîner un effet discrètement euphorisant.

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