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L’effet Warburg : la vraie cause du cancer

Comme toute entité vivante, les cellules d’un cancer ont besoin d’énergie pour synthétiser les éléments de leur croissance. Cette énergie est chimique, elle est principalement apportée par l’adénosine triphosphate (ATP) qui, dans les cellules, est généré par l’oxydation de sucres. Cette oxydation se produit grâce à une longue chaîne d’enzymes (cycle de Krebs) situés dans de petits organites du cytoplasme de la cellule, les mitochondries. Or les mitochondries ont une origine bactérienne, dérivant d’une symbiose qui s’est produite il y a très longtemps dans l’évolution entre une cellule primitive possédant un noyau et une bactérie productrice d’énergie. Cette bactérie a perdu son indépendance mais a gardé son autonomie comme mitochondrie, tout en étant régulée par l’information venue du noyau et les autres fonctions de la cellule.

Louis Pasteur (1822-1895), le grand scientifique français, travaillait sur la levure de bière. La levure de bière permet la fermentation. Pour augmenter le nombre de micro-organismes et accélérer la fermentation, Pasteur a une idée, il diminue la teneur en oxygène. Les levures captent le sucre et se multiplient.

En effet, ne pouvant transformer ce sucre en énergie, les cellules grossissent, fermentent et, sous l’effet de la fermentation, se divisent sans cesse. «La fermentation, c’est la vie sans l’air» pour reprendre la célèbre formule de Louis Pasteur.

Otto Warburg (1883-1970) est un médecin biochimiste allemand et prix Nobel de physiologie ou médecine en 1931 pour sa découverte de la nature et du mode opératoire de l’enzyme respiratoire. Il a lu Pasteur.

Notre prix Nobel était convaincu que la fermentation était la cause du cancer. Ce que découvre Otto Warburg, ce que l’on appelle aujourd’hui l’effet Warburg, est que les cellules cancéreuses fermentent. Comme les levures privées d’oxygène, elles captent du sucre et prolifèrent. Mais, à la différence des levures qui cessent de se multiplier en présence d’oxygène, la cellule cancéreuse fermente même en présence d’oxygène. Et comme la cellule cancéreuse capte du sucre qu’elle ne peut brûler, elle excrète de l’acide lactique.

Pour Otto Warburg, le cancer est une maladie du métabolisme. Au contraire du diabète dont la cellule ne peut capter le sucre car il n’y a pas assez d’insuline, le cancer est lui gorgé de sucre. Le cancer est une maladie de la digestion cellulaire et, plus précisément, de la digestion du sucre.

Au début des années 1920, des scientifiques allemands ont démontré que la cellule tumorale captait des quantités importantes de sucre qu’elle ne pouvait pas brûler. Elle excrétait alors de l’acide lactique, c’est-à-dire du sucre partiellement dégradé. Le même phénomène s’observe dans le muscle soumis à l’effort : le muscle capte du glucose, mais s’il n’a pas assez d’oxygène pour le brûler, il rejette dans le sang de l’acide lactique, que certains scientifiques suspectent d’ailleurs d’être responsable des crampes.[1]

Toutefois, à la différence du muscle, l’apport d’oxygène au repos ne va pas diminuer la sécrétion d’acide lactique par la cellule cancéreuse. Ces idées ne sont pas neuves : elles datent des années 1920. Otto Warburg avait déjà compris que le mécanisme était bloqué et que la mitochondrie ne fonctionnait pas normalement.

Le biologiste affirmait: «Le cancer peut avoir de multiples causes. Elles convergent toutes vers la mitochondrie [qu’il appelle granule]. La mitochondrie est lésée. Le cancer ne peut brûler le sucre et sécrète de l’acide lactique même en présence d’oxygène». Le cancer, ce n’est que cela et Otto Warburg l’avait déjà compris il y a près d’un siècle!

Revenons à nos invariants présents dans tous les cancers. Nous avons compris que la cellule ne pouvait pas brûler. Elle se contente de tirer un peu d’énergie en cassant le glucose (six carbones) en deux pyruvates (3 carbones). Elle ne peut aller plus loin. Warburg avait déjà nommé et décrit ce processus de «glycolyse anaérobie» [La glycolyse est la voie de  transformation du sucre en énergie ; anaérobie signifie en l’absence d’oxygène]: au lieu de produire 32 molécules d’ATP par molécule de glucose, la synthèse n’en produit que deux. Le rendement s’effondre (voir figure 1).

Figure 3.a : Cellule saine: la mitochondrie fonctionne: l’énergie est créée à partir du glucose.

Figure 3.b : Le cancer est une maladie de la digestion cellulaire et, plus précisément, de la digestion du sucre.

Cellule cancéreuse: la mitochondrie est lésée: la cellule ne peut plus brûler le glucose pour en faire de l’énergie. Le glucose est utilisé pour synthétiser de l’ADN et des protéines (voie de synthèse) et de l’acide lactique est excrété en excès. C’est l’effet Warburg.

La mitochondrie brûle et produit de l’énergie, de l’eau et du gaz carbonique, nous l’avons compris. Le gaz carbonique n’est pas un gaz inerte: combiné avec de l’eau, il produit de l’acide carbonique. Et, comme l’ont démontré les scientifiques spécialistes du climat, l’excès de gaz carbonique est responsable de l’acidification des océans. De la même façon, si la mitochondrie est lésée dans le cancer, elle n’acidifie pas la cellule. La cellule cancéreuse apparaîtra donc basique et rouge aux anatomopathologistes (médecins spécialisés dans l’analyse des tissus) qui la colorent (justement avec un produit acide et rouge). À l’examen microscopique, la cellule cancéreuse va ainsi se révéler plus alcaline, son noyau sera plus gros, les chromosomes seront plus étalés, car moins condensés. Les charges logées dans la paroi de la membrane seront moins nombreuses, car la cellule manque d’énergie pour maintenir les gradients. La cellule cancéreuse sera plus grosse parce que l’eau diffuse et occupe tout l’espace.

Pour survivre, la cellule cancéreuse n’a pas d’autre choix que d’ouvrir grand les pores pour capter du sucre. C’est aussi ce qu’observe l’oncologue au PET-scan lorsqu’il injecte du glucose «marqué» à son patient. Comme la cellule synthétise à partir du glucose pour créer un peu d’énergie et survivre, elle grossit et finit par se diviser. Mais on sait que la cellule ne peut brûler, ce qui accroît la pression dans l’espace confiné de l’organe. Sous la pression, le cancer devient dur. La cellule tumorale ainsi comprimée va être poussée à s’échapper de l’épithélium qui l’a vu naître. Comme un animal acculé dans un espace exigu, elle n’a d’autre issue que celle de la fuite.

On pourrait comparer l’épithélium aux pavés qui recouvrent encore certaines rues de Paris. Et sous les pavés-épithélium, non pas la plage... mais la lumière des organes (les bronches, la vessie ou le tube digestif, etc.). Le cancer s’organise comme se montaient les barricades de mai 1968: les pavés sont empilés les uns sur les autres avant de fuser dans les tissus alentour jusqu’à ressembler à ces images fractales (ou étoilées) déjà évoquées. Ce cancer va essaimer à distance, sous forme de métastases qui vont se loger et coloniser les tissus lointains tels que le foie, le cerveau ou les os.

En clair, le cancer résulte d’une mitochondrie inefficace. La cellule ne peut brûler et donc grossit. Elle ne produit ni ATP ni gaz carbonique. Le cancer, ce n’est que cela.

Figure 2 : mécanisme de développement d’un cancer

La cellule cancéreuse apparaîtra basique et rouge aux anatomopathologistes (médecins spécialisés dans l’analyse des tissus) qui la colorent (justement avec un produit acide et rouge). À l’examen microscopique, la cellule cancéreuse va ainsi se révéler plus alcaline, son noyau sera plus gros, les chromosomes seront plus étalés, car moins condensés. Les charges logées dans la paroi de la membrane seront moins nombreuses, car la cellule manque d’énergie pour maintenir les gradients. La cellule cancéreuse sera plus grosse parce que l’eau diffuse et occupe tout l’espace.

 


[1] L’excès de sucre peut ainsi contribuer à l’apparition de crampes nocturnes. Je l’ai constaté plusieurs fois par moi-même, par exemple, après consommation de quatre cuillerées à café bombées de miel de Manuka , de 12 à 14 carreaux de chocolat à 60% de cacao, de deux bananes et sauce tomate du commerce, en une journée.

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