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L’effet Warburg, la vraie cause d’un cancer[1]

 

Comme toute entité vivante, les cellules d’un cancer ont besoin d’énergie pour synthétiser les éléments de leur croissance. Cette énergie est chimique, elle est principalement apportée par l’adénosine triphosphate (ATP) qui, dans les cellules, est généré par l’oxydation de sucres. Cette oxydation se produit grâce à une longue chaîne d’enzymes (cycle de Krebs) situés dans de petits organites du cytoplasme de la cellule, les mitochondries. Or les mitochondries ont une origine bactérienne, dérivant d’une symbiose qui s’est produite il y a très longtemps dans l’évolution entre une cellule primitive possédant un noyau et une bactérie productrice d’énergie. Cette bactérie a perdu son indépendance mais a gardé son autonomie comme mitochondrie, tout en étant régulée par l’information venue du noyau et les autres fonctions de la cellule.

Déjà, Otto Warburg

Il y a plusieurs centaines de mitochondries dans chaque cellule qui lui fournissent ainsi l’énergie selon ses besoins. Mais là est peut-être le talon d’Achille des cellules cancéreuses. Elles respirent mal car leurs mitochondries fonctionnent mal. Cette théorie n’est pas nouvelle. En fait, dès 1924, le biochimiste Otto Warburg écrivait: «Le cancer, comme toutes les maladies, a d’innombrables causes secondaires, mais il n’y a qu’une cause primaire : le remplacement de la respiration de l’oxygène dans les cellules normales de l’organisme par la fermentation du sucre.»

La cellule du cancer se divise constamment, elle a besoin de davantage d’énergie, et ses mitochondries, déficitaires, ne peuvent la lui fournir. Elle compense alors en faisant appel à un circuit court de production d’ATP par fermentation du sucre. Le rendement énergétique de cette fermentation sans oxygène est bien moins bon que l’oxydation mitochondriale, alors la cellule ouvre ses vannes au sucre, elle se gorge de sucre. C’est la base même du PET Scan, où le médecin injecte du glucose radioactif pour visualiser le cancer et ses métastases.

Ayant moins besoin d’oxygène, les cellules peuvent former des tumeurs très compactes, mal vascularisées. Les tumeurs cancéreuses sont dures, et c’est souvent comme cela qu’on les détecte à la palpation.

En outre, les mitochondries fonctionnant mal, elles libèrent des molécules dérivées de l’oxygène très réactives chimiquement, ce sont des radicaux libres qui produisent une activation anormale des gènes du noyau cellulaire et entraînent une perte des défenses immunitaires.

Warburg avait compris que la mitochondrie était partiellement inactivée dans le cancer. Il y a vingt ans, il existait donc de nombreuses hypothèses quant à la raison de cette inactivation. De nombreuses voies métaboliques convergent vers la mitochondrie. Mais il était impossible de cerner les obstacles principaux qui empêchaient le sucre d’être brûlé dans la mitochondrie.

Au terme de la recherche du Dr Laurent Schwarz, une combinaison d’acide lipoïque et d’hydroxycitrate ralentissait la croissance du cancer greffé à la souris, et cela, que le cancer soit d’origine de la peau, du côlon, de la vessie… Ce travail a été repris par d’autres et confirmé.

L’acide lipoïque et l’hydroxycitrate ont été développés et commercialisés il y a plus de cinquante ans. L’acide lipoïque est un traitement reconnu d’une complication du diabète: la neuropathie. Grâce à ces médicaments, la cellule cancéreuse récupère une activité mitochondriale et le rendement énergétique est amélioré.

À partir de résultats anecdotiques obtenus chez des patients, il semble que l’adjonction d’acide lipoïque et d’hydroxycitrate à une chimiothérapie douce ou à une thérapie ciblée puisse améliorer la survie de façon significative.

Deux démarches convergent. L’une limite, par certaines thérapies ciblées, l’apport de nourriture à la cellule cancéreuse. L’autre, grâce à des compléments alimentaires, permet à la cellule de brûler cet excès de sucre. Une grande réconciliation est en marche, qui va voir fusionner les deux approches.

Le Dr Laurent Schwarz et ses équipes ont suivi la piste du métabolisme du cancer ouverte par le prix Nobel Otto Warburg dans les années 1920. Ils pensent avoir trouvé un moyen de ralentir la maladie, parfois même de la stopper en associant des médicaments simples, non toxiques et bon marché. Des médicaments issus de la pharmacopée existante. Leurs tests sur leurs patients volontaires le prouvent.

Ses confrères préfèrent les essais randomisés en double aveugle [L’essai randomisé est considéré comme la méthode scientifique la plus rigoureuse en recherche médicale. Il vise à démontrer l’efficacité d’un traitement. Les patients sélectionnés pour l’essai sont répartis de manière aléatoire en deux groupes: le premier groupe reçoit le traitement, tandis que le second reçoit généralement un placebo. Cette répartition aléatoire a pour but d’obtenir des groupes les plus homogènes possible. Afin de limiter encore les biais, ni les médecins ni les patients ne connaissent la nature du traitement administré (on parle d’essai en double aveugle ou en double insu], validés par des méta-analyses, des réunions de consensus, les autorités de santé… Ils craignent le vent de la liberté et se cachent derrière des normes par peur de procès qui n’arriveront jamais.

Selon le Dr Laurent Schwarz, le cancer n’est qu’une maladie simple et donc banale. Ce travail d’élaboration a été confirmé d’abord par des expérimentations animales, puis par d’autres laboratoires. Un traitement simple et sans toxicité ralentissait la croissance de tous les cancers implantés dans le flanc de la souris.

Il existe des milliers de publications concernant un aspect ponctuel de l’évolution de l’épidémie cancéreuse. On publie sur l’évolution de la mortalité par cancer du sein dans un État américain ou un département français. On sait que le tabac fait des ravages effroyables en Chine et que le cancer de l’estomac disparaît progressivement au Japon alors qu’il était un fléau dans ce pays. Le cancer du côlon, qui est exceptionnel au Japon, est un fléau aux États-Unis. Il y a une importante communauté japonaise sur la côte Ouest des États-Unis. Le taux de cancer de l’estomac chez les immigrants japonais diminue rapidement. Mais le cancer du côlon monte. Un effet de la mondialisation auquel nos écologistes n’avaient pas pensé.

En cinquante ans, beaucoup a changé. Dans les pays où le cancer de l’estomac était un fléau, il baisse rapidement. La raison en est inconnue. Meilleure hygiène? Moins de nitrates? Il y a convergence progressive et normalisation: les forts taux de cancer de l’estomac de certains pays diminuent pour rejoindre les plus faibles taux observés dans d’autres pays. L’inverse est vrai pour d’autres cancers. Là où le cancer du côlon était rare, il monte. Là où il était élevé, il baisse. Il y a globalisation des maladies. Nous voyons les mêmes films que les Japonais, les Australiens ou les Américains. Nous mangeons une nourriture de plus en plus semblable. Nous mourons aussi des mêmes maladies. Dans notre jargon, nous parlons d’un effet Mc Donald. Tout s’homogénéise, même les causes de mort par cancer.

Ce qui est vrai et indiscutable, c’est qu’autour du cancer il y a une coque fibreuse (on parle de stroma). Ce stroma est constitué de cellules normales non cancéreuses. Au sein de ce tissu bénin fusent des dendrites cancéreuses. Les chercheurs ont cru à une réaction immunologique parce que le stroma est constitué d’un mélange de cellules, dont des cellules de soutien (fibroblastes), des vaisseaux sanguins et des cellules immunitaires. C’est hélas une fausse piste de plus. Le cancer n’est pas une maladie du système immunitaire mais une maladie du métabolisme.

Répétons-le : le cancer est plus simple que cela ! La tumeur croît dans un organe confiné, la pression qui résulte de la prolifération cellulaire entraîne une contre-pression. « Une réponse », disent les biologistes. La balle rebondit sur le sol. La pression exercée par le cancer perturbe l’environnement et le durcit.

Le tissu d’alentour se fibrose pour résister à la pression de la fermentation cancéreuse, d’où ce stroma fibreux qui entoure la tumeur, mais ne suffit pas à la contenir. Le cancer recrache ce qu’il ne peut digérer. Ces déchets (dont l’acide lactique) sont d’excellents aliments, dont raffolent les cellules immunitaires, mais aussi les cellules vasculaires. Tels des animaux errants, ces cellules du stroma se dirigent vers la décharge, qui regorge de nourriture. La nourriture étant abondante, elles prolifèrent, elles aussi.

Les cellules immunitaires s’activent pour manger les restes du festin. Le réseau vasculaire construit à la va-vite va fuir. L’alimentation qui s’en échappe accentue la pression sur les cellules qui s’y trouvent. Cette pression est le signal qui permet à la cellule immunitaire de comprendre que ce milieu est riche en nourriture. Comme dans un réflexe pavlovien, elles sécrètent alors des protéases pour manger. C’est aussi simple que cela.

Ces protéases sont des enzymes qui vont tronçonner les protéines avant de les digérer. Il en existe un herbier infini. Les marqueurs (PSA, ACE, CA 15-3, CA19-9) qui permettent au cancérologue de suivre l’évolution du cancer ne sont rien d’autre que des protéines qui ont été tronçonnées par ces protéases. Comme tout dans l’univers, le cancer répond aux lois de la physique. Les lois de la physique peuvent nous aider à éclairer d’un jour nouveau la recherche sur le cancer.

 


[1] DR LAURENT SCHWARZ, CANCER, Un traitement simple et non toxique, Les premiers succès du traitement métabolique, Thierry Souccar Éd.

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